Fondation La Ruche – Seydoux

MYRIAM

SURIAM

Sa mère disait qu’enfant, Myriam regardait déjà les visages comme si quelque chose s’y cachait. Pas les traits. Ni les sourires. Encore moins les regards. Autre chose. Une présence…Très tôt, elle apprit à se faire invisible, pour mieux observer. Pendant que d’autres jouaient dans les rues de Fort-de-France, où elle est née en 1973, elle remplissait ses cahiers d’animaux et de créatures étranges. Elle dessinait sans savoir encore que certaines images savent de nous ce que nous ignorons d’elles.

À Paris, on la retrouve aux Beaux-Arts dans l’atelier de Jean-Michel Albérola. Elle y apprend à regarder le monde. Puis elle s’installe une dizaine d’années dans le Ventre de la Baleine à Pantin, un espace au nom fantasmatique. Dans ses expérimentations, les êtres semblent traversés par des mémoires anciennes, les regards chargés d’histoires qu’aucune parole ne saurait plus raconter. En 2021, elle prend ses quartiers à La Ruche. Dans cette cité d’artistes, peuplée d’ombres illustres et d’ateliers suspendus hors du temps, elle poursuit son travail de peinture et de dessin comme on poursuit une enquête intérieure. Sa peinture change. Des voiles apparaissent sur les visages. Des couches translucides, des tissus flottants. Sous ces voiles, des yeux continuent de regarder. Des yeux humains. Des yeux-animaux. Des yeux d’enfants, parfois. Comme si rien ne pouvait réellement rester caché. Ses tableaux donnent l’impression troublante d’un récit choral : une histoire intime s’y mêle à une mémoire plus vaste, collective, souterraine, faite d’héritages invisibles, de blessures anciennes et de rêves persistants. Des sourires flottent sur certains visages comme des masques fragiles ; ailleurs, des grimaces ironiques contrarient la solennité. Rires tendres, amers, grinçants ou lumineux : autant de manières de dire l’ambiguïté du monde, son absurdité parfois cruelle, mais aussi cette beauté obstinée qui demeure malgré tout.

Ses sculptures en céramique entrent en résonance avec son enfance, évoquant un univers singulier de formes et d’objets fantasmés, comme autant de présences sécurisantes et réconfortantes. Et peut-être est-ce cela, finalement, que poursuit Myriam SURIAM dans chacun de ses gestes : faire apparaître, l’espace d’un instant, ce qui refuse de disparaître complètement.

1. Klan1

2. Monstre vert et jaune

3. Petit portrait singulier

4. L’Oeil de Beckett

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