DANIEL
CLARKE
Deleuze, dans un essai célèbre sur la peinture de Francis Bacon, écrivait : « C’est une erreur de croire que le peintre est devant une surface blanche. La croyance figurative découle de cette erreur : en effet, si le peintre était devant une surface blanche, il pourrait y reproduire un objet extérieur fonctionnant comme modèle.
Mais il n’en est pas ainsi. Le peintre a beaucoup de choses dans la tête, ou autour de lui, ou dans l’atelier. Or tout ce qu’il a dans la tête ou autour de lui est déjà dans la toile, plus ou moins virtuellement, plus ou moins actuellement, avant qu’il commence son travail. Tout cela est présent sur la toile, à titre d’images, actuelles ou virtuelles. Si bien que le peintre n’a pas à remplir une surface blanche, il aurait plutôt à vider, désencombrer, nettoyer. (DELEUZE – Francis Bacon. Logique de la sensation).
Frais, direct, sans apologie. Difficile de ne pas penser à Beckmann : le trait est aussi rapide et intense, les figures ont un pouvoir hautement
symbolique et la beauté émerge difficilement d’une atmosphère saturée et poignante, remplie de situations irrationnelles. Un air européen imprègne ces nouvelles œuvres en les éloignant des pièces antérieures et de leur empreinte réaliste. Cette immédiateté du trait, qui le rend libre et intense, suit naturellement les bouleversements intérieurs si peu clairs, si bouillonnants. Les scènes figées de ses peintures réalistes, des moments saisis et bloqués, laissent désormais la place aux flux Intérieurs sans fin où se mélangent les souvenirs, les sensations plus diverses et instables. Ces moments hachés, correspondants aux stratifications de la mémoire, aux espaces mentaux, se répandent sur plusieurs plans qui parfois semblent fusionner.
La recherche n’est plus du tout dans la contemplation de l’existant, dans sa représentation fidèle dans l’accommodante solution du regardeur attentif, mais regardeur. Il s’agit maintenant d’enregistrer l’acte en devenir, d’émettre une nouvelle forme picturale, plus proche du filon néo-expressionniste, qui donne vie à des figures- symbole, des allégories, renvoyant à des pensées autres.
À La croisée des chemins, excerpt d’un échange avec Annalisa Rimmaudo
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1. Sculpture
2. 2019, Huile sur lin, 155x122cm – Last night gala
3. 2020, Jetty four, 85x80cm
4. 2017, Huile sur lin, 75×130 cm – Los Angeles